Le petit oiseau va sortir!

Voici le temps des vacances revenu. Des photos souvenirs itou. Papa exhibe son nouvel appareil avec flash matriciel, séquence de bracketing, système APS, boîtier ergonomique… Bref! La totale. Cette merveille de technologie laisse maman totalement indifférente. Quant aux enfants, ils sont frustrés par les paroles de mise en garde de leur père: “Pas question de toucher à mon petit bijou!”

“La photo, ce n’est pas que pour les parents!” lâchent ces derniers, exaspérés. Et c’est vrai, un mioche peut tirer le portrait de ses frères et sœurs ou immortaliser un paysage à partir de 5-6 ans déjà. “J’ai initié – sans les forcer – mes trois enfants à la photographie à peu près à cet âge-là”, se souvient Jean-Pierre Mottier, maître principal de la section photographie au Centre d’enseignement professionnel de Vevey.

“En France, il y a des expériences photographiques qui débutent à la maternelle, relève Jean-Marie Tran. Les mômes font du polaroïd dans le but de créer un livre de classe illustré.” Responsable du Centre d’animation et de rencontre de La Chaux-de-Fonds, ce passionné d’images a remarqué, notamment avec son propre fils, que le polaroïd, justement, était particulièrement apprécié des moutards. Parce qu’ils ont immédiatement le résultat sous les yeux. “Mais cela coûte terriblement cher!” admet-il.

Et les appareils “recyclables” (des “jetables” qui ont plusieurs vies)? “Un “recyclable” pour un enfant, c’est un peu comme une glace qu’il faut consommer tout de suite. Bon pour l’industrie, mais pas pour une saine approche de la photographie”, déclare sans ambages Jean-Marie Tran. Que penser alors des appareils pour marmots que l’on trouve habituellement au rayon jouets? “Il est plus judicieux d’investir dans un compact tout simple et moins looké, répond Jean-Pierre Mottier du clic au clac. Il en existe d’ailleurs de très, très bon marché.”

Fixfocus ou autofocus? “A 5 ans, il est difficile de comprendre comment fonctionne la mise en mémoire du système de netteté, précise Jean-Pierre Mottier. Si vous prenez un couple et que l’autofocus fait la mesure entre les deux personnes, c’est la montagne derrière qui sera nette.” Même si le fixfocus est moins lumineux, il permet au moins de faire des clichés qui sont nets de 1 mètre 20 à l’infini. “Pour compenser ce manque de luminosité, il suffit d’utiliser des films plus sensibles, du 200 voire du 400 iso”, explique le prof de Vevey.

Reste à inculquer quelques notions de base au minireporter… “Etant donné que l’enfant accepte mal l’échec, il est important d’assurer à tout prix la réussite de la photographie, estime Jean-Marie Tran. Pour cela, il vaut mieux qu’il n’utilise son appareil que par beau temps et à l’extérieur.” Jean-Pierre ajoute: “Le doigt sur l’objectif et les têtes coupées sont les principales erreurs du débutant. Il faut donc lui apprendre à bien tenir le boîtier, à cadrer le mieux possible, à ne pas bouger et à déclencher avec douceur.”

Rapidement développées, les photos seront ensuite commentées en famille avec une analyse des défauts (contre-jour, flou dû au non respect de la distance minimale, etc.).

Dernière recommandation enfin: ne pas oublier d’offrir à son Hamilton en herbe un album personnel pour qu’il puisse mettre ses souvenirs de papier en valeur.

Les cris silencieux des enfants

Chaque jour, plus de deux mille jeunes mères cambodgiennes viennent chercher du secours pour leurs enfants malades dans les hôpitaux de Beat Richner. L’infatigable pédiatre suisse nous raconte son combat

Pourquoi ces enfants sont-ils si tranquilles? Une vingtaine de petits patients sont couchés dans le pavillon C de la clinique du pédiatre Beat Richner, dans la ville cambodgienne de Siem Reap. Aucun ne pleure. Le silence qui règne dans cette salle d’hôpital est presque effrayant. Un silence qui ressemble à celui d’un temple.

Si ces enfants sont si silencieux, c’est parce qu’ils ne peuvent plus crier! Leurs poumons sont rongés par les bacilles de la tuberculose et ils n’ont plus la force d’exprimer leur douleur.

Dans le petit lit portant le numéro 19, Rea, une fillette de 6 ans, respire de manière irrégulière. Elle a la malaria. A côté d’elle se trouve un petit garçon de 3 ans qui a de l’eau dans les poumons. D’autres souffrent de dengue ou d’encéphalite.

Beaucoup de ces enfants ont été mal ou pas du tout soignés. Les gens sont pauvres au Cambodge, et ceux qui ne peuvent pas payer n’ont simplement pas accès aux soins. Dans les cliniques du Dr Richner, tous les enfants sont traités gratuitement, riches comme pauvres.

Les hôpitaux publics manquent cruellement de médicaments. Cette pénurie est due à la corruption. Les médecins employés par les services publics de santé ne gagnent que 20 dollars par mois. C’est pourquoi ils en viennent parfois à vendre des médicaments pour leur propre compte.

Beat Richner se bat avec véhémence contre ces pratiques depuis des années. Il n’a ainsi gagné ni «lauriers» ni «amis» influents au Cambodge. Il s’est même forgé la réputation d’un homme qui dérange. Mais le monde a besoin de gens de cette trempe pour devenir meilleur!

Affaiblis par le voyage

Les enfants qui arrivent à l’hôpital de Kantha Bopha ne sont pas seulement affaiblis par la maladie, mais aussi par les difficultés du voyage. Nombreux sont ceux qui ont passé des jours sur des routes défoncées, dans des carrioles tirées par des bœufs. 80% des petits patients qui sont accueillis à la clinique n’auraient pas survécu sans cet hôpital.

Sona, 14 ans, est couchée dans une chambre isolée. Elle est très amaigrie. «Elle a vraisemblablement déjà contracté la tuberculose à l’âge de six mois», souligne Beat Richner. Pas moins de 14 000 cas de tuberculose sont enregistrés chaque année dans les trois établissements cambodgiens du pédiatre suisse. Un chiffre horrifiant. Selon le Dr Beat Richner, deux tiers de la population du nord du pays serait infectée.

Lorsqu’il examine des radios des poumons de certains de ses patients, le médecin ne peut s’empêcher d’exprimer sa stupeur. «Une catastrophe», s’exclame-t-il. Mais la tuberculose n’est pas le seul fléau contre lequel il doit se battre. Le sida fait également des ravages au Cambodge. Une centaine de nouveaux cas sont ainsi diagnostiqués chaque mois. La maladie est apparue avec la paix et la fin du régime sanguinaire des Khmers rouges. Ce sont les soldats de l’ONU et les prostituées qu’ils fréquentaient qui l’ont introduite dans le pays. Aujourd’hui, sa progression est galopante. Le Cambodge est la région du monde où le sida se répand le plus rapidement.

Combattant infatigable, Beat Richner ne se laisse toutefois pas abattre par l’ampleur de sa tâche. Et il a sans cesse des projets. Un nouveau bâtiment est en construction à côté de la clinique. Il s’agit d’une maternité avec cinq salles d’accouchement et une station de quarante lits. «Nous pourrons ainsi déjà surveiller et soigner les bébés dans le ventre de leur mère infectée par le sida. Notre objectif est d’empêcher la transmission du virus et de faire naître des enfants en bonne santé», souligne le Dr Richner.

Le chantier est dirigé par Laurent Gross (41 ans), de Lausanne. Le Vaudois est depuis neuf ans le bon génie de Beat Richner, à la fois architecte, maître d’œuvre, concepteur et planificateur d’hôpitaux.

Une fois que la maternité sera terminée, un centre de formation pour futurs médecins sera également bâti. Mais avant même que le premier coup de pioche n’ait été donné pour ce bâtiment, Beat Richner échafaude déjà d’autres projets. «Avec deux hôpitaux supplémentaires, les besoins médicaux du pays seraient complètement couverts», fait-il valoir.

Les lumières ne s’éteindront pas en Suisse

Scénario catastrophe en Californie le 18 janvier dernier: aux carrefours, les feux de signalisation s’éteignent, provoquant de multiples carambolages. Dans les écoles, les instituteurs sont contraints de donner leurs leçons dans la pénombre, et dans la fameuse Silicon Valley, les écrans des ordinateurs restent désespérément noirs. De la Californie centrale jusqu’à l’Oregon, deux millions d’Américains ont dû se passer d’électricité deux heures durant. Le gouverneur de l’Etat a été contraint de déclarer l’état d’urgence.

Responsable de ce désastre, la libéralisation du marché de l’électricité qui n’a pas été menée dans les règles de l’art, selon la plupart des experts qui relèvent, notamment, le fait que cela a été une erreur de bloquer le prix de l’électricité pour le client jusqu’en 2002. «On n’a pas assez libéralisé. En gelant le prix de l’électricité, on a perturbé le libre jeu de l’offre et de la demande», explique Ivar Meyer, de l’Association des entreprises électriques suisses.

La Suisse, qui souhaite également procéder à une libéralisation à travers la loi sur le marché de l’électricité (LME), ne risque-t-elle pas de souffrir des mêmes problèmes de pénurie? Ivar Meyer se veut rassurant: «Les lumières ne s’éteindront pas chez nous. On ne peut pas comparer le marché de l’électricité suisse avec celui de la Californie.»

Contrairement à ce qui se passe là-bas, nous disposons en Europe de courant en abondance. La Suisse possède par ailleurs un réseau de transport de l’électricité en parfait état et ayant la capacité suffisante.

Même André Daguet, du Syndicat de l’industrie, de la construction et des services (FTMH), qui soutient le référendum lancé contre la LME, refuse de se montrer alarmiste: «Il n’est pas raisonnable de faire croire à un scénario à la californienne pour la Suisse», explique-t-il.

Pour les syndicats, l’opposition à la nouvelle loi tient surtout à des réglementations peu claires. «Ce qui nous importe, c’est qu’à l’avenir, les petits et les moyens consommateurs puissent partout avoir du courant à un prix raisonnable et que la réorganisation du marché de l’électricité ne conduise pas à des licenciements en masse.»

Une remarque à propos du consommateur-citoyen qui prend toute sa valeur quand on sait que la plupart des entreprises gourmandes en électricité ont anticipé la libéralisation officielle du marché et ont déjà signé des contrats d’acquisition de longue durée particulièrement avantageux.

Cherche relation informatique et plus si entente

Trouver l’âme sœur sur Internet, une technique qui rencontre de plus en plus d’adeptes

La quête de l’Amour est une affaire vieille comme le monde et, malgré tout, aucune formule magique n’a encore été trouvée. Une nouvelle méthode semble pourtant entrer petit à petit dans les mœurs. Elle consiste en une bonne dose d’informatique, un soupçon d’humour, une pincée d’honnêteté et trois mesures de prudence, sinon c’est bave de crapaud, lapin et peau de chagrin assurés.

Le blues du chat

Stéphane (prénom fictif), jeune ingénieur, a expérimenté le chat (dialogue en direct d’ordinateur à ordinateur, souvent avec plusieurs interlocuteurs simultanément). Son but n’était a priori pas d’y trouver sa douce moitié, mais si elle venait au rendez-vous, il n’allait tout de même pas faire la fine bouche.

«Pendant plus d’une année, j’ai discuté avec une Parisienne. De fil en aiguille, nous en sommes venus à parler d’amour. Je me suis laissé prendre au jeu, malgré l’existence d’un petit ami dans la capitale française. Mais après l’avoir enfin rencontrée «en vrai», histoire de faire le point sur cette relation ambiguë, je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Tout s’était pourtant bien et sagement passé à Paris»

Depuis ce flop, Stéphane propose assez rapidement d’aller boire un verre, «parce que cela me casse les pieds de rester devant mon écran et que cela ne débouche sur rien!»

Selon le psychanaliste et sexologue genevois Georges Abraham, certains chatteurs, tel Don Juan, sont amoureux de l’amour: «Le but n’est plus de rencontrer quelqu’un, mais d’accumuler les contacts virtuels et, parfois, cela engendre une réelle accoutumance, voire une forme de toxicomanie.»

Stéphane n’a, quant à lui, rien d’un cas pathologique, mais reconnaît qu’il est très facile de jouer au prince charmant: «Il suffit de dire quelques petites choses romantiques pour intéresser les filles, car la plupart des chatteurs sont des gros lourds. C’est un peu comme un laboratoire d’expérimentation des relations humaines.»

Vive la petite annonce!

Si on n’a pas envie de jouer les cobayes, il vaut mieux aller voir ailleurs. Pourquoi pas dans les petites annonces «amitiés – rencontres» des différents sites spécialisés ou non.

Aline, jolie trentenaire, a opté pour cette solution. Résultat: aujourd’hui, elle n’échangerait pour rien au monde son nouveau Roméo contre dix barils de dragueurs de bistrot.

«J’avais rédigé un texte, sous une rubrique «Amitié», où je présentais en quelques mots mon physique et mes loisirs. Sur les quelque vingt-cinq réponses, quatre m’ont semblé intéressantes et j’ai fait la connaissance de ces hommes par e-mail, pendant un peu plus d’un mois. Finalement, j’ai choisi d’inviter Roméo à manger une pizza. Lors du rendez-vous, il n’y avait pas de gêne, c’était facile, parce que nous nous étions déjà dit beaucoup de choses sur Internet. Il n’y avait pas ce côté: «Salut, je m’appelle Aline et toi?» Le web m’a permis de passer outre ma timidité.

»Aujourd’hui, quand on me demande où je l’ai rencontré, je dis volontiers que c’était sur Internet. Pour moi, cela n’a aucune connotation négative. Ce n’est pas comme les petites annonces dans les journaux qui sont, à mes yeux, toujours le marché de la dernière chance.»

L’histoire d’Aline, c’est un peu un roman à l’eau de rose moderne, parce que, «en plus», à la fin, ils se marient. Mais la presse publie aussi des récits effrayants de femmes passées à tabac lors du premier rancard avec ce doux, ce romantique, ce si délicieux «homme – la quarantaine – cherche femme pour la vie». Ou lorsque l’inespéré sosie de Claudia Schiffer annonce, au terme d’une entrevue plus que concluante, son prix…

Les sites de rencontre sur le web connaissent néanmoins un succès grandissant. On y arrive – toujours totalement par hasard – on regarde un peu – jolie la photo! – on épluche les annonces – amour et orthographe ne font décidement pas bon ménage. Finalement, c’est assez rigolo, souvent gratuit et parfaitement anonyme. Et hop, on se laisse tenter.

Bas les masques!

«L’anonymat peut avoir plusieurs sens, rappelle Georges Abraham. Ce n’est pas seulement une manière de se protéger, mais aussi de se construire une identité.» Alors, si ce n’est pas uniquement pour s’amuser, mieux vaut respecter quelques règles de prudence (lire ci-contre) et regarder où on met les pieds avant de se lancer.

Contrairement aux chats, dont le public est plutôt jeune et masculin, les petites annonces sont de plus en plus fréquentées par les femmes. Environ 30% de Juliette attendent sur leur balcon virtuel. Plus le site affiche une apparence respectable, plus elles affluent. Selon Robert Palm, directeur de Comfriends SA, à Rolle (VD), et gestionnaire du site swissfriends.ch: «42% de nos inscrits sont des femmes, sur un total de 14 000 membres romands. Nous excluons toute annonce à connotation érotique.»

Peu de vieux coquins

La respectabilité tend aussi à faire augmenter la moyenne d’âge. Chez Swissflirt, dont le site contient de légères grivoiseries, elle est de 29,8 ans. Alors que chez Swissfriends, elle se situe entre 30 et 45 ans et il y plus de personnes au-dessus de la soixantaine que de moins de 25 ans. Robert Palm précise que les amateurs se recrutent parmi toutes les professions et que près de 80% se connectent depuis le bureau.

Quant au taux de réussite des annonces, les directeurs de site consultés disent recevoir chaque semaine plusieurs mails de couples fraîchement constitués. Leurs témoignages sont d’ailleurs souvent disponibles on line.

Seule certitude: le nombre de connections est en hausse constante. Autant de tourtereaux qui vont peut-être passer des mois à se faire la cour chastement sur le net, avant d’oser abattre le paravent de l’écran. Une pratique qui rappelle à Georges Abraham «les fiançailles d’autrefois», quand les amoureux ne pouvaient que se parler. En quelque sorte un retour du romantisme dans un cadre technologique!